En premier lieu, clarifions le fait que nous considérons un tapis comme «profond» lorsque vous disposez de plus de 40 big blinds en tournoi, et, en cash game, lorsqu’il représente plus de 100 big blinds. Ce niveau de tapis est une vraie bénédiction et tout joueur de poker rêverait de manipuler en permanence tant de jetons. Pourquoi ? Parce que c’est l’occasion de sortir tout un arsenal de « moves » sans se sentir en danger si la manœuvre échoue. Les short stacks n’ont pas cette chance puisque chaque coup perdu les rapproche en effet de l’élimination.
Pour maintenir et pérenniser votre tapis profond faut-il se laisser le temps de trouver du jeu ou bien maintenir une pression constante ? Dans ce dernier cas, faut-il s’en prendre aux petits tapis ou plutôt aux tapis moyens ? Apportons ensemble des réponses à ces questions.

Attaquer ou se replier ?

La position défensive avec un gros tapis acquis est un comportement qui se retrouve surtout en tournoi. La raison est simple, après un si dur labeur pour atteindre cette position, on ne va pas prendre le risque de sauter avant les places payées. Dans ce cas, on va préférer patiemment attendre que des mains premiums soient distribuées avant de manifester un quelconque intérêt pour un coup. Après tout, le but du tournoi n’est-il pas de «survivre» ? Bien sûr que oui. Cependant, en tournoi comme en cash game, on peut dire que l’attitude d’attente est un comportement de joueur débutant ou peu initié à la stratégie du poker.
Lorsqu’on dispose d’un tapis conséquent, l’attaque, la pression constante sur les plus petits tapis est donc le mot d’ordre. Le poker est un jeu d’agression où le timing est primordial. Cela tombe bien, car vous avez tout votre temps avant que votre tapis soit inquiété par le montant des blinds. Les occasions seront donc nombreuses et vous pourrez choisir les situations idéales pour intimider vos adversaires. N’allez tout de même pas croire que cela sera simple, être deep stack peut aussi rendre le jeu plus complexe. En effet, vous disposez maintenant d’un large choix de moves, autant d’occasions de faire des erreurs…

Agresser, mais qui ?

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, il vaut mieux s’en prendre aux tapis moyens. Leur stack leur permet encore d’avoir une certaine marge de manœuvre et ils ne se risqueront certainement pas à réaliser des moves suicidaires. Ils sauront donc coucher sagement leur main la plupart du temps. Les petits tapis, quant à eux, sont à manipuler avec extrême précaution. Ils n’ont en effet que deux choix : se coucher ou faire tapis. Si vous disposez d’une main de force moyenne avec laquelle vous souhaitez tout de même relancer, jetez un coup d’œil aux joueurs qui parlent après vous. Dans le cas où un petit tapis se trouve parmi eux posez-vous la question : « suis-je prêt à compléter ma mise avec cette main s’il m’envoie tapis ? ». Si la réponse est « non », alors couchez-vous ou contentez-vous de limper.

Voler les pots pré-flop

Le meilleur moyen de faire progresser doucement mais sûrement votre tapis est de maintenir une forte présence dans les pots avant même le flop. Les confrontations seront ainsi évitées au maximum tout en ayant une rentabilité plus que suffisante à long terme.
La méthode commence par le fait d’élargir sa sélection des mains de départ. N’hésitez pas à relancer avec des mains pour lesquelles vous hésiteriez à le faire en temps normal. L’idéal est d’être celui qui ouvre le pot car cela donne plus de poids au move qui si vous vous contentiez de suivre le relanceur initial. Vos jetons pourraient en imposer et dissuader vos adversaires de rentrer dans un coup qu’ils pourraient alors envisager comme plus « marginal » que prévu… Cependant, un joueur malin pourrait aussi remarquer la combine et faire preuve d’agressivité en surrelançant. Pas de panique, le poker n’est pas un jeu de routine où vous gardez en permanence le même rythme. Il faudra savoir changer de vitesse et vous calmer sur les relances pour montrer que vous ne jouez pas de manière trop inconsidérée. Une fois que vous vous êtes fait oublié, si vous ouvrez un pot de nouveau, vos adversaires pourront penser que vous avez attendu une bonne main avant de bouger.

Punir les limpers

Certains joueurs à la table font preuve de passivité ? D’autres espèrent aller voir de nombreux flops en se contentant de limper ? Il est temps de leur apprendre qu’au poker, aller voir les cartes doit se payer ! En fin de parole de préférence et après que tout le monde ait limpé, annoncez une relance imposante de 5 big blinds environ. Voilà qui devrait vous rapporter une jolie somme sans effort et faire réfléchir les joueurs à la table… Cette manière de jouer s’appelle le squeeze-play.

Les bénéfices de l’agressivité

En attaquant souvent vos adversaires vous brouillez les cartes. Comment peuvent-ils distinguer que vous disposez d’un monstre ou d’une poubelle si vous relancez fréquemment et toujours pour le même montant (entre 3 et 4 surblinds bien sûr) ? Eh bien, ils ne pourront pas (sauf si vous commencez à remuer frénétiquement dans votre chaise dès que vous voyez deux têtes) ! Un joueur serré qui relance moins d’une main sur dix sera vite démasqué par des joueurs attentifs qui y verront là un signe évident. De votre côté, avec des attaques non différenciables vous pourrez vous faire payer vos mains premium de manière tout à fait transparente…
L’autre intérêt de cette stratégie est d’obtenir des tells sur votre adversaire. Vous êtes celui qui relance fréquemment et qui trouve ou non des clients pour rentrer dans le coup. Les autres joueurs à la table, qui doivent faire face à d’autres problématiques, notamment celle de ne pas se faire sortir, ne sont pas aussi enclins que vous à miser fortement. Votre stack imposant rencontre logiquement assez peu de résistance. Justement, c’est ce qui est intéressant. Car, lorsqu’un adversaire fait soudainement preuve d’agressivité il vous offre un tell précieux : cette fois il a la main suffisante pour ne pas se laisser marcher dessus. Si vous n’avez pas de quoi riposter couchez-vous et préservez vos jetons !

Et après le flop ?

Le poker n’étant pas une science exacte, il se peut que vous n’ayez pas réussi à décourager vos adversaires lors des enchères pré-flop. Que faire dans ce cas ? Continuer à développer la stratégie reine au poker, celle de type serré-agressif. Pour cela, il va falloir continuer d’attaquer dès les cartes du flop dévoilées.
Ce qu’il faut savoir, c’est qu’au flop, largement plus de la moitié du temps, vous ne trouverez rien d’intéressant. Partant de ce constant et de votre avantage en jetons vous pouvez mettre la pression sur vos opposants qui n’auront pas de jetons à gâcher alors que leur main n’a aucune valeur. Pour cela, le fameux continuation bet est une arme redoutable. Si vous êtes le relanceur initial, il est impératif de miser une nouvelle fois au flop. Attention cependant, vos adversaires ne doivent pas avoir démontré trop d’intérêt pour la main. De plus, misez petit c'est-à-dire pour la moitié du pot environ. Cette stratégie vous permettra de ne pas risquer trop de jetons si le flop tourne en faveur d’un autre joueur qui vous relance à un montant élevé. Tout comme pré-flop, il est important de maintenir des mises constantes afin de pouvoir dissimuler le fait que vous possédez une poubelle ou bien un monstre…

Floater pour ne pas couler

Le continuation bet étant devenu légion, il se peut que vous ne soyez pas celui qui ouvre le pot au flop. Dans ce cas, si le tableau n’offre aucun intérêt et que vous soupçonnez votre adversaire de vouloir emporter le coup sur un bluff, vous pouvez suivre sa mise. Cela s’appelle le floating. Cette technique nous enseigne qu’il peut être juste de caller un continuation bet lorsqu’on soupçonne un bluff même si notre propre jeu n’offre aucune amélioration. L’explication est simple : suivre insinue du doute dans la tête de votre adversaire car avec un « flat call » il n’a aucune information sur vos cartes. Une relance l’aurait aidé à se situer. Peu de joueurs vont alors avoir le cran d’envoyer une deuxième salve (surtout avec un stack moins important), ils ont donc toutes les chances de check la turn. Il faut alors saisir votre  chance et placer une forte mise qui vous assurera la victoire. Cependant, si votre adversaire continue dans sa lancée, peut-être vaut-il mieux abandonner le coup à moins que vous ayez touché quelque chose d’intéressant ou que vous soyez persuadé du bluff (attention à ne pas trop s’entêter tout de même).

En résumé

Nous avons vu que disposer d’un gros tapis permet de rentrer dans beaucoup de coups pour trouver des situations intéressantes, mais il faut savoir gérer vos jetons correctement. Ces derniers seront l’arme de votre agressivité pour mettre la pression sur les autres joueurs à la table. Attention cependant à ne pas s’emballer et à bien identifier les signes de faiblesse de vos adversaires. Pour être à la fois agressif sans voir la taille de son tapis fondre, il est capital de contrôler la taille des pots afin de ne jamais disputer un pot où vous avez engagé une grosse partie de vos jetons (à moins de disposer d’une main premium). De plus, vous devrez abandonner le coup chaque fois qu’un joueur montre un intérêt certain pour la main car il ne sera pas prêt à abandonner le coup sans vous faire mal.

Whorus
Article publié dans le magazine Poker Expert