Se coucher c’est bien trop souvent la frustration de ne pas savoir ce que l’adversaire possédait. Cependant, tout grand joueur doit avoir le cran de jeter sa main. Ce sont les fameux « big laydowns » qui figurent parfois dans les best-of des grands tournois au même titre que les quinte flush royales.

Certains joueurs, sous le coup de l’émotion, ont tendance à oublier que se coucher leur a sauvé une bonne partie de leurs jetons mais avec le recul ils s’aperçoivent souvent que c’était le bon choix à ce moment donné. Abordons ensemble les points qui font qu’abandonner une main peut aussi être une stratégie gagnante.

Choisir ses armes

Le poker, c’est parfois une véritable guerre psychologique. Pour s’éviter un trop gros mal de crâne, il est donc impératif de partir bien équipé avant d’aller au front. Le premier conseil est donc de commencer par opérer une bonne sélection des mains que vous désirez jouer. Partir avec une main forte réduit déjà les chances d’avoir à se coucher. De plus, il ne faudra pas hésiter à relancer pour éliminer la compétition. Le secret est d’avoir des clients prêts à payer pour votre bonne main mais pas trop non plus car plus il y a de joueurs, plus il y a de chances que l’un d’eux touche quelque chose, même sur un board peu intéressant.

A l’inverse, n’attendez pas trop de toucher une bonne main. Si vous jouez une main sur 20 vos adversaires vont repérer votre petit manège et ne seront pas prêts à vous suivre dans un coup où ils sentiront que vous possédez du lourd.

Savoir jeter les monstres

Il est fréquent de voir des joueurs posséder des mains premium (paire servie à partir des dames, A-K ou encore A-Q par exemple) et les emmener jusqu’au bout, même si le board est dangereux ou pas intéressant du tout. C’est une très mauvaise habitude dont il faut très vite se débarrasser. Même s’il est correct de suivre une mise au flop avec une telle main, il est anormal d’aller jusqu’à la river et de payer alors même que l’on s’attend à être dominé.

Les grands joueurs savent jeter les monstres et c’est ce qui fait la différence. Une main a beau être extrêmement forte pré-flop, la situation peut évoluer très vite une fois que le dealer retourne les cartes et il faudra vite s’adapter, même si cela fait mal au cœur de coucher d’aussi belles cartes. 

Jouer les cotes disproportionnées

Un phénomène du aux cotes de pot font penser à certains joueurs qu’il est mathématiquement correct (donc bon sur le long terme) d’emmener certaines mains jusqu’au showdown. C’est faux. Lorsque vous misez à chaque tour d’enchères jusqu’à la rivière, vous avez construit un pot très conséquent.  Votre adversaire va logiquement vouloir s’approprier ces jetons en lançant une dernière salve relativement faible (1/2 ou 1/3 du pot). Le montant, en relation au pot peut paraître faible, mais comparé à votre stack, il est non négligeable ! La cote du pot pourra donc vous pousser à caller même avec des mains moyennes avec lesquelles vous avez peu de chances de l’emporter. Si vous ne croyez pas en votre main, surtout ne suivez pas ! L’erreur est de croire que ce genre de cote, si elle est suivie sur le long terme, vous rendrait bénéficiaire. Il est donc impératif de ne pas l’interpréter en votre faveur si vous possédez simplement « un petit quelque chose ».

La valeur des cartes

Afin de ne pas avoir de regrets lorsque vous couchez une main, il est important de connaître la valeur de vos cartes. Avec une paire et un bon kicker sur un board offrant un tirage quinte vous devez calculer les chances qu’ont vos adversaires d’avoir touché la suite et vos chances d’améliorer votre propre main. C’est en sachant exactement que votre main avait peu de chances sur l’emporter selon les probabilités que vous accepterez plus facilement de la coucher. Une petite initiation aux probabilités et aux calculs du poker est donc à envisager si vous ne pouvez calculer ces valeurs.

Un abandon gagnant

Vos disposez maintenant des clés vous permettant de mieux comprendre pourquoi vous auriez du vous coucher dans certaines situations et pourquoi vous devez vous coucher dans d’autres. Commencez par prendre garde à bien sélectionner vos mains et à ne pas trop vous y accrocher. Enfin, apprenez comment calculer la valeur de vos mains et ne vous laissez pas berner par certaines cotes de pot faussement avantageuses.

Whorus